Le fret routier mondial face à une tempête parfaite entre pénurie de capacité et hausse des coûts
De la grave pénurie de camions en Europe au durcissement réglementaire en Asie, les expéditeurs font face à un paysage transport plus complexe et coûteux en 2026.
Le marché mondial du transport routier entre dans l’année 2026 sous pression de multiples directions. Les pénuries de capacité en Europe ont atteint des niveaux critiques. Les augmentations de péages se déploient à travers le continent. Les conditions météorologiques extrêmes perturbent les réseaux avec une fréquence croissante. Et le durcissement réglementaire en Asie et au Moyen-Orient ajoute des couches de complexité pour les opérations transfrontalières.
Le Road Transport Market Update de février 2026 de DSV offre une vue complète de ces dynamiques à travers quatre régions : l’Europe, les Amériques, l’Asie-Pacifique et le Moyen-Orient/Afrique. Le rapport s’appuie sur des données de sources incluant Eurostat, la Banque centrale européenne, le FMI et des indices sectoriels pour dresser le portrait d’un marché où les expéditeurs font face à des coûts croissants et des options en diminution.
Europe : la pénurie de capacité s’intensifie
Les chiffres en Europe racontent une histoire sans équivoque. L’indice de capacité Transporeon est tombé à 93,6 points en décembre 2025, marquant une baisse de 5,5% en glissement annuel. En janvier 2026, il a encore chuté à 90,4 points. Cela représente une pénurie de capacité sévère qui force les expéditeurs à se battre pour les camions disponibles.
Les tarifs reflètent ce déséquilibre. L’indice Spot a grimpé à 146,1 points en décembre, en hausse de 4,3% par rapport à l’année précédente. Les tarifs contractuels ont suivi une trajectoire similaire, atteignant 130,7 points avec une augmentation annuelle de 4,1%.
Les conditions économiques varient fortement à travers la région. Les grandes économies d’Europe occidentale, notamment l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni, devraient croître modestement, entre 0% et 1%, sans véritable reprise par rapport aux niveaux de 2023-24 en vue. L’Europe de l’Est et du Sud-Est raconte une histoire différente. La Pologne, la Bulgarie, les pays baltes et les États des Balkans devraient maintenir une croissance supérieure à 2% jusqu’en 2026-2027. La Turquie projette une croissance dépassant 3,5%.
Les coûts de main-d’œuvre continuent d’augmenter. Les salaires ont progressé de 3,3% dans la zone euro et de 3,7% dans l’ensemble des pays de l’UE en comparant le T3 2025 au T3 2024. Ces augmentations, en partie liées à l’inflation qui avait atteint des niveaux plus élevés les années précédentes, sont désormais intégrées dans les prix du transport.
Une vague d’augmentations de péages amplifie ces pressions sur les coûts. L’Autriche a relevé les péages pour les camions en janvier 2026. La Belgique a augmenté les péages en Wallonie de près de 2% selon le modèle indexé. La République tchèque a mis en place des hausses de péages autoroutiers de 0,7% à 1,5%, avec des péages sur les routes de classe I bondissant de 10,2% à 41,8%. La France a introduit des augmentations variant de 0,82% à 0,95% selon le réseau. La Pologne a ajouté des hausses de 4% à 6,6% selon la classe de véhicule.
D’autres changements arrivent. En mars 2026, les États membres de l’UE devront introduire des redevances supplémentaires pour la pollution atmosphérique causée par le trafic. Les Pays-Bas lanceront un péage kilométrique pour les camions en juin 2026, applicable aux autoroutes et à certaines routes régionales avec des tarifs variant selon la classe d’émission.
Amériques : l’incertitude commerciale obscurcit les perspectives
L’économie américaine reste atone mais pas en récession. La croissance du PIB semblait solide en 2025, bien que les chiffres aient été déformés par les flux commerciaux volatils et les impacts tarifaires.
L’inflation s’est maintenue près de 2,7% en décembre, toujours au-dessus de la cible de la Réserve fédérale mais sans réaccélération. L’inflation sous-jacente, hors énergie, alimentation, alcool et tabac, s’établissait à environ 2,7% en glissement annuel aux États-Unis, 2,5% au Canada et 4,3% au Mexique.
L’incertitude sur la politique commerciale a provoqué des fluctuations inhabituelles des importations et exportations, compliquant les comparaisons historiques et la planification des entreprises. Le marché du travail montre des signes de stagnation. Le chômage a baissé à 4,4%, mais la croissance de l’emploi a fortement ralenti, créant ce que les analystes appellent un environnement “peu d’embauches, peu de licenciements”.
La production de pétrole brut devrait rester proche des moyennes de 2025 sur une base annuelle en 2026 avant de baisser de 340 000 barils par jour en 2027. Malgré 13% de plateformes de forage en moins à la fin de 2025 par rapport au début de l’année, les gains de productivité ont maintenu la production à des niveaux records. Au cours des deux prochaines années, des prix du pétrole brut durablement plus bas sont attendus à mesure que l’activité de forage et de complétion se réduit.
Les dépenses des consommateurs ont dépassé les attentes pendant la saison des fêtes, stimulant des ventes au détail solides et un déstockage rapide. Les perspectives macro globales penchent vers un optimisme modéré, bien que l’incertitude politique reste un obstacle majeur.
Asie-Pacifique : les réglementations se durcissent
La croissance du PIB en Asie-Pacifique se modère, passant d’environ 4,5% en 2024-25 à environ 4,1% en 2026. La croissance reste inégale. L’Inde, le Vietnam et les Philippines surperforment, tandis que l’Asie du Nord et Singapour connaissent un ralentissement.
L’inflation a refroidi mais ne s’est pas normalisée. Les coûts du carburant, de la main-d’œuvre, de la conformité et du financement restent structurellement plus élevés qu’avant 2020. Cela crée une augmentation de base des coûts qui a peu de chances de s’inverser.
La Malaisie a renforcé les contrôles sur la surcharge des camions, introduisant une tolérance zéro avec des inspections nationales et des vérifications de limites de poids plus strictes. Les pénalités ont considérablement augmenté, incluant de lourdes amendes, la saisie des véhicules et la suspension de licence pour les récidivistes. Une planification des chargements et une documentation plus rigoureuses sont désormais essentielles, l’application des règles devant rester soutenue plutôt que temporaire.
La frontière Thaïlande-Cambodge continue de connaître des perturbations liées aux politiques, avec un risque géopolitique persistant. Les inondations de novembre 2025 en Thaïlande ont causé des perturbations localisées à court terme, mais les opérations se sont normalisées. Le transport routier intra-asiatique affiche des délais stables, mais ils restent spécifiques à chaque ligne, et les marges de sécurité sont de plus en plus utilisées comme couverture contre l’incertitude.
Moyen-Orient et Afrique : des fortunes divergentes
La croissance reste inégale à travers la région. Les économies du CCG surperforment l’Afrique du Sud malgré une reprise progressive de celle-ci. Les Émirats arabes unis projettent une croissance de 4% à 5%. L’Arabie saoudite prévoit 2,1% à 2,0%. L’Afrique du Sud anticipe environ 1,7% en 2025, passant à 2% en 2026.
Les changements réglementaires augmentent la complexité opérationnelle et les pressions sur les coûts, particulièrement pour le fret routier transfrontalier. La Namibie exigera un numéro d’identification du commerçant (TIN) pour toutes les transactions douanières à partir d’avril 2026, alourdissant les charges de conformité administrative. L’Arabie saoudite a mis en place une tarification du diesel liée au marché et des exigences de “saudisation”, augmentant les coûts d’exploitation et créant des contraintes de main-d’œuvre. L’Afrique du Sud a intensifié l’application des permis et de la conformité routière, ajoutant des coûts de sécurité et d’exploitation pour les opérateurs de fret.
La demande reste forte dans la construction, le commerce de détail, le e-commerce et la distribution de produits de santé, particulièrement en Arabie saoudite. Le transport spécialisé, notamment le fret à température contrôlée, continue de gagner du terrain sur les corridors du Moyen-Orient. Les risques sécuritaires et les contraintes d’infrastructure en Afrique du Sud continuent d’ajouter des coûts et de la complexité opérationnelle.
La tarification du carburant dans la région s’est largement alignée sur des modèles liés au marché, entraînant une volatilité continue des coûts. Les récentes augmentations du prix du diesel d’environ 8% en Arabie saoudite contrastent avec l’allègement temporaire des prix du carburant annoncé en Afrique du Sud.
La météo devient un facteur de planification
Les conditions météorologiques extrêmes affectent de plus en plus les opérations de fret routier. Les tempêtes violentes, la neige, le verglas et les fortes pluies début 2026 ont perturbé les flux de transport en Amérique du Nord et en Europe. Les grands hubs sont devenus plus difficiles d’accès. Les réseaux régionaux ont ralenti. Les livraisons locales comme les mouvements transfrontaliers longue distance ont subi des retards.
Les schémas climatiques évoluent. Des périodes chaudes plus longues, des précipitations plus abondantes et des tempêtes plus fréquentes exercent une pression supplémentaire sur les infrastructures et augmentent le risque de retards. La planification et les prévisions doivent s’adapter rapidement à ces conditions changeantes. Les chaînes d’approvisionnement pourraient nécessiter plus de flexibilité pour maintenir les marchandises en mouvement lorsque les conditions changent à court préavis.
Points clés à retenir
Premièrement, la capacité de fret routier européenne a atteint des niveaux critiquement bas. Les expéditeurs doivent s’attendre à une pression continue sur les tarifs et devraient verrouiller des contrats là où c’est possible. La combinaison de pénurie de capacité, d’augmentations de péages et de croissance des coûts de main-d’œuvre crée un effet cumulatif sur les budgets transport.
Deuxièmement, la complexité réglementaire augmente à l’échelle mondiale. Des redevances pollution de l’UE à l’application des règles de surcharge en Malaisie, en passant par les exigences douanières namibiennes, les charges de conformité s’alourdissent. Les entreprises opérant sur des routes transfrontalières doivent investir dans la documentation, la planification et l’expertise locale.
Comment votre organisation s’adapte-t-elle à ces pressions sur le marché du fret routier ? Constatez-vous des contraintes de capacité ou des hausses de tarifs sur vos lignes principales ? Partagez votre expérience dans les commentaires.
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