Qui licencier en premier dans la supply chain ?
IA, emplois et l'effondrement du niveau débutant
Un massacre chez les cols blancs.
C’est ainsi que Dario Amodei, PDG d’Anthropic, a décrit ce qui arrive.
Dans une interview récente avec Axios, il affirme que l’intelligence artificielle pourrait supprimer jusqu’à 50 % des postes de début de carrière en entreprise d’ici 1 à 5 ans.
Pas dans dix ans. Pas "un jour". Mais cette décennie.
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Et bien sûr : supply chain.
Pour un jeune diplômé qui rêvait d’intégrer le secteur, c’est brutal.
Mais c’est déjà en cours. Et la supply chain est en première ligne.
L'effondrement commence par la base
Soyons clairs. Les premiers postes supprimés sont ceux tout en bas de l’organigramme.
Les plus menacés ?
Acheteurs opérationnels (commandes simples, fournisseurs de rang 3)
Analystes juniors (rapports, tableaux Excel)
Coordinateurs logistiques (suivi des expéditions, mises à jour TMS)
Assistants aux achats (lancement de RFQ, saisie des fournisseurs)
Pourquoi ? Parce qu’un agent IA peut déjà :
Extraire et structurer les données ERP ou TMS
Générer des prévisions de la demande
Automatiser le suivi des livraisons et les alertes d’exception
Cadrer les dépenses et générer des dashboards
Vérifier les factures et les contrats
Ce qui prenait une équipe ne prend plus qu’une requête.
Et ce n’est pas qu’une question de licenciements.
C’est l’arrêt pur et simple des recrutements.
Les entreprises gèlent l’embauche d’entrée de gamme — parce qu’elles n’en ont plus besoin.
La conséquence ?
L’échelle du talent s’effondre. Plus d’entrée. Plus de formation. Plus d’avenir.
Le problème des apprentis
Chaque Chief Supply Chain Officer aujourd’hui ?
Il a commencé en bricolant des prévisions à minuit, en gérant des urgences fournisseurs, en corrigeant des anomalies dans SAP.
Cette douleur, ce stress : c’est ce qui forge le jugement.
Mais aujourd’hui ?
Un assistant IA prépare le tableau de bord du mois.
Une plateforme d’IA détecte les écarts.
Un LLM génère 80 % de la présentation QBR.
Et la nouvelle génération ? Elle ne modélise plus.
Elle clique sur “Valider”.
Résultat ?
On forme des éditeurs, pas des experts.
Une supply chain rapide, propre, fluide — mais vide en profondeur.
Le fantasme du ROI… et le vrai piège
Voilà le calcul qui séduit les conseils d’administration en ce moment :
Salarié payé 100 000 €
Trois agents IA sous sa responsabilité
Chaque agent produit 300 000 € de valeur
Soit 900 000 € pour un seul humain = ROI de 800 %
Et si chaque agent produisait encore plus ?
Et si les agents géraient d'autres agents ?
Effet multiplicateur infini.
Mais voici le paradoxe :
Plus l’intelligence devient bon marché, plus on en consomme.
Les marges augmentent. La concurrence aussi.
Les prix baissent. La production explose.
Et les problèmes à résoudre dans la supply chain ? Se multiplient.
C’est la paradoxe de Jevons appliqué à la logistique :
Quand quelque chose devient plus efficace, on l’utilise davantage.
Donc oui, l’IA va supprimer des postes.
Mais elle va aussi créer une nouvelle forme de travail.
Un travail plus vaste, plus rapide, plus complexe.
Et il faudra des humains pour orchestrer, décider, corriger, questionner.
Alors que faire maintenant ?
La vérité, c’est que l’IA va prendre des emplois dans la supply chain.
Mais elle va aussi créer une demande pour de meilleurs rôles, pour ceux qui sont prêts.
À faire dès maintenant :
Cartographier vos postes. Qui exécute des tâches répétitives ? Qui prend des décisions ?
Changer votre manière de recruter. Ne cherchez plus des exécutants. Cherchez des penseurs.
Protéger votre pipeline de talents. Si les juniors disparaissent, comment former les futurs leaders ?
Former et requalifier. Ne laissez pas l’IA creuser un vide de compétences. Agissez avant la rupture.
Car le vrai danger, ce n’est pas que l’IA remplace vos équipes.
C’est que vous vous retrouviez avec une supply chain rapide, efficace, automatisée —
mais que plus personne ne sait piloter.